S'assurer à 72 ans en Thaïlande
Salle d’attente du Bangkok Hospital, Hua Hin
En juin j’ai commencé à chercher une complémentaire santé. Nous sommes arrivés à Hua Hin le 11 mai, avec un visa retraite d’un an, la CFE souscrite et une assurance voyage qui court jusqu’en mai 2027. Il manquait la couche du dessus, celle qui paye ce que la CFE ne paye pas.
Sept fois à l’hôpital depuis notre arrivée. On vieillit vraiment, ou alors ça s’est drôlement accéléré ici. Payées directement à chaque fois, sans jamais avoir à déclencher une prise en charge.
Dans les groupes d’expatriés, on lit tout et son contraire. Les uns racontent qu’ils ont trouvé une assurance thaïe pour trois fois rien. Les autres se plaignent d’une facture d’hôpital ou d’une prime qui a doublé. Et il y a ceux à qui on oppose une clause de maladie préexistante au moment de payer. Les trois disent vrai. Tout dépend de l’âge qu’on avait quand on a signé.
Les hôpitaux sont modernes et propres, une consultation coûte 30 euros, tout ça est exact. Ça ne dit rien de ce qui se passe le jour où on entre à l’hôpital, et ça ne dit rien du tout quand on a 72 ans.
Nous en avons 72 et 73. J’ai fait sept démarches en trois mois. Deux refus sur l’âge sans qu’on ouvre nos dossiers, un refus sans motif, deux silences, et une porte laissée ouverte que je n’ai pas franchie. La septième a abouti, avec une surprime, et sans aucune exclusion.
Ce qui suit est ce dossier, avec les dates, les montants et les phrases exactes. Les sources sont annotées en bas de page. J’ai lu les conditions générales des contrats plutôt que les plaquettes commerciales, ce qui n’est pas le même exercice. Relancer les assureurs et les courtiers, dépouiller les réponses, c’est un vrai job. Heureusement que je suis en vacances ! J’en oublie d’aller voir les oiseaux…
Je n’ai aucun lien avec les sociétés citées et je ne recommande aucun contrat. La question méritait d’aller jusqu’au bout : à 72 ans, est-ce qu’on peut encore s’assurer.
Le mur
J’ai commencé par April International, qui est le premier nom qui sort quand on cherche une assurance expatrié en français. Refus des deux, immédiat, sans questionnaire médical. Le motif est une limite d’âge à 64 ans. Personne n’a regardé nos dossiers.
Ensuite Mondassur, un courtier français spécialisé dans l’expatriation. Je demandais leur formule Gold Expat Nomad, plafonnée à 300 000 euros par personne et par an. Réponse le 15 juin : « n’est pas accessible au-delà de 70 ans à la date de souscription ». Là encore, aucun dossier médical demandé.
Owello, qui distribue un pack Malakoff Humanis conçu pour compléter la CFE, a instruit le dossier. J’ai été accepté, mon épouse a été refusée. Le refus est arrivé par un courriel de deux lignes, sans motif. Nous avons supposé que c’était son dossier médical, mais l’assureur n’a jamais rien écrit de tel, donc il n’y a rien à contester. On ne discute pas un refus qui ne dit rien.
Henner Expat Duo n’a jamais répondu à ma demande. MSH International non plus, malgré une relance.
Restait le marché local. AA Insurance, à Hua Hin, travaille avec les assureurs thaïs. Le courtier m’a envoyé le 16 juin un comparatif de quatre formules ouvertes à nos âges, en proposant de déposer une demande en janvier. Nous n’y sommes jamais allés.
| Assureur ou courtier | Issue | Motif donné |
|---|---|---|
| April International | refus des deux | limite d’âge 64 ans |
| Mondassur — Gold Expat Nomad | refus des deux | pas accessible au-delà de 70 ans |
| Owello / Malakoff Humanis | lui accepté, elle refusée | aucun |
| Henner Expat Duo | silence | — |
| MSH International | silence | — |
| AA Insurance, Hua Hin | demande possible, non déposée | dossier reporté à janvier, jamais engagé |
Sur les six démarches qui ont précédé la dernière, un seul dossier médical a été réellement instruit, celui d’Owello. C’est ce qui m’a surpris. Je m’attendais à être jugé sur l’hypertension, sur le glaucome, sur les prothèses de genou. La plupart des portes se ferment sur une date de naissance, avant qu’un médecin ait vu quoi que ce soit.
Il restait une piste, et c’était la compagnie qui nous avait déjà refusés.
La fissure
Le 18 juin, Mondassur m’a proposé autre chose. Pas le Gold Expat Nomad, mais une formule appelée GoldVisa Safe CFE, conçue pour venir au-dessus de la CFE et plafonnée à 100 000 euros par personne et par an. Deux devis nominatifs, 2 064 euros par personne et par an, avec nos deux dates de naissance en première ligne.
J’ai téléchargé la notice du contrat avant de répondre. C’est un contrat de groupe souscrit par une association auprès de Groupama Gan Vie, numéro 210/655482. L’article 14.1 dit que l’adhésion est réservée à toute personne « âgée de 18 ans ou plus et de moins de 70 ans ». Quelques lignes plus loin, l’article 14.4 précise que l’inscription du conjoint « âgé de 70 ans et plus n’est pas recevable ».
Le produit qu’on me proposait en remplacement de celui qu’on venait de me refuser portait donc la même limite d’âge, cette fois inscrite dans le contrat lui-même. Nous étions inéligibles tous les deux, et mon épouse deux fois.
J’ai écrit le 30 juillet pour demander si une dérogation existait, ou si les devis avaient été émis par erreur. Je préférais le savoir avant d’engager un profil de santé et une cotisation.
La réponse est arrivée le 11 août :
une dérogation est bien en place par l’assureur pour permettre à Mondassur de proposer cette GOLD VISA SAFE au 1er EUR ou complément de la CFE pour les personnes de +70 ans et moins de 75 ans à la date de la souscription
La porte existe donc, entre 70 et 75 ans, et elle n’est écrite nulle part. Un lecteur de 71 ans qui télécharge la notice et lit l’article 14 conclut que c’est fermé, et il a tort. Il faut qu’un courtier la demande.
Le même message annonçait que la mise à jour des conditions générales était en cours. Le 17 août, quand j’ai signé la demande d’adhésion, la notice jointe était toujours celle de décembre 2020, article 14.1 intact.
Je ne suis pas un cas isolé. Un lecteur m’a écrit qu’il avait souscrit la CFE et ce même contrat début 2025, à 71 ans, avec un questionnaire médical basique et une prise de sang. La dérogation ne date pas de cet été.
Un autre écrit qu’à 75 ans il a la CFE chaînée à une complémentaire Humanis, pour environ 500 euros par mois, et qu’il n’a jamais eu de difficulté de remboursement. Il ne précise pas à quel âge il a souscrit, et c’est toute la question.
Le verdict
J’ai signé la demande d’adhésion le 17 août, pour nous deux, avec les questionnaires de santé remplis complètement. Hypertension traitée depuis 2005 et passée en bithérapie en avril 2025, hernie inguinale opérée en 2018, endoscopie normale en 2023 pour moi. Pour mon épouse, un glaucome mixte opéré en 2007 et stabilisé sous collyre, deux prothèses de genou posées en 2017 et 2021, un rachis lombaire abîmé en L5-S1, de l’arthrose aux pieds.
La réponse du médecin conseil est arrivée le 20 août. Acceptation des deux, avec une surprime de 15% pour moi et de 30% pour mon épouse. Aucune exclusion.
C’est ce dernier point qui compte. Une surprime augmente le prix, une exclusion retire une partie du corps du contrat. Nous avons été acceptés avec l’intégralité de nos antécédents couverts. J’ai demandé confirmation par écrit, la réponse tient en une phrase, « c’est la seule condition particulière en effet actée ».
En pratique ça fait 162 euros par mois pour moi et 182 pour mon épouse, 4 128 euros par an pour nous deux. La surprime ne porte que sur la partie santé, pas sur les options assistance et responsabilité civile, les chiffres le confirment au centime près.
Il faut mesurer l’écart avec ce qui précède. Mon épouse avait été refusée par April sans examen, et par Owello sans motif. Le même dossier, instruit par un médecin conseil, donne une acceptation à 30% de plus.
Son état de santé n’a pas bougé entre juin et août. C’est qu’un assureur a fini par regarder.
Ce que le contrat couvre vraiment
Le devis annonce en haut de page, en gras : hospitalisation 100%, paiement direct, plafond de 100 000 euros par an et par personne. C’est exact et ça ne dit pas grand-chose. Ce qui limite, ce sont les plafonds par poste, qui figurent dans la notice et pas sur le devis.
| Poste | Limite |
|---|---|
| Honoraires et actes chirurgicaux | 6 000 € par hospitalisation |
| Frais de séjour, soins normaux | 140 € par jour |
| Frais de séjour, soins intensifs | 280 € par jour |
| Imagerie, laboratoire, médicaments à l’hôpital | 1 400 € par hospitalisation |
| Consultation et soins en ambulatoire | 170 € par acte |
| Soins courants | 2 000 € par an, remboursés à 90% |
| Dentaire et optique | non garantis |
Une phrase de la notice change la lecture de ce tableau. Les frais réels s’entendent « sous déduction du remboursement du régime social de base ». La CFE paye d’abord, GoldVisa complète ce qui reste, dans ces limites-là.
Un exemple. Une chirurgie avec cinq jours d’hospitalisation dans un hôpital privé se facture facilement 20 000 euros. La CFE rembourse 42% du coût réel en zone 3, soit environ 8 400 euros. GoldVisa vient au-dessus et comble poste par poste, sans dépasser 6 000 euros d’honoraires chirurgicaux, 140 euros par jour de chambre, 1 400 euros d’imagerie et de laboratoire. Il reste quelques milliers d’euros à payer. Avec la CFE seule il en restait 11 600.
Un robot de logistique transporte dossiers et prélèvements d’un service à l’autre, Bangkok Hospital
Il y a aussi un piège de gestion, qui n’est pas sur la plaquette. Toute hospitalisation de plus de 24 heures et tout acte au-dessus de 1 000 euros demandent un accord préalable. Sans cet accord, la prise en charge tombe à 70% pour l’hospitalisation et à 50% pour le reste, même quand l’acte était justifié et couvert.
Il y a un autre écart, que je n’ai pas mesuré parce que nous n’avons jamais eu à déclencher une prise en charge, mais que décrivent plusieurs témoignages lus dans les groupes d’expatriés : entre être assuré et être payé.
Le mécanisme revient toujours. L’assureur délègue les urgences à une plateforme d’assistance basée en France, qui décide dans l’instant si le dossier passe. Il faut donc joindre quelqu’un, de nuit, avec sept heures de décalage, pendant que l’hôpital attend. Une adhérente d’une grande mutuelle française raconte avoir bataillé une nuit entière et une matinée pour faire opérer son mari, la jambe fracassée après un accident de la route. Une autre fois, l’accord donné avant le bloc a été retiré ensuite : deux stents posés, puis un refus au motif de maladie préexistante, parce qu’elle avait déjà eu un infarctus. Seize mille euros à sa charge. D’autres, dans le même fil, décrivent au contraire des remboursements intégraux et rapides.
Je ne peux pas vérifier ces récits, et c’est pourquoi je ne cite pas de nom. Ce qui est vérifiable, c’est que la clause de maladie préexistante ne sert pas seulement à trier les candidats à l’entrée. Elle sert aussi à refuser une facture des années plus tard, sur un contrat en cours.
Deux clauses méritent d’être connues avant de signer. L’adhésion cesse au retour définitif dans le pays d’origine, et la France n’est couverte que pour des séjours de moins de 90 jours consécutifs. Un expatrié qui rentre perd sa couverture, et la cotisation trimestrielle entamée reste acquise à l’assureur.
Un mot sur le rapatriement, puisque c’est la garantie que tout le monde croit avoir. Le contrat santé l’exclut explicitement de sa garantie transport. Il figure dans le contrat d’assistance, vendu en option, et il ne se déclenche pas parce qu’on le demande : « la décision de rapatriement est prise par notre médecin conseil », et uniquement pour des soins « non réalisables sur place ». Refuser la solution proposée par leur équipe médicale annule la garantie d’assistance. On est donc rapatrié si leur médecin juge que la Thaïlande ne peut pas vous soigner. La perte d’autonomie n’ouvre aucun droit au rapatriement. Le rapatriement du corps, lui, est couvert aux frais réels.
Le dentaire et l’optique ne sont garantis nulle part, ni par le contrat privé ni par la CFE au-delà de quelques euros. En revanche la CFE prend la cataracte à 100% dans la limite de 1 500 euros par œil, ce qui n’est pas rien à notre âge.
Restent les soins courants, qu’on paye directement depuis dix ans sans y penser. Le 19 août je suis retourné chez le chiropracteur pour des douleurs au dos, trop d’ordinateur en position assise. Manipulation puis massage thaï, même cabinet, même séance : 2 700 bahts, autour de 71 euros. Elisabeth m’accompagne. La masseuse est énergique, elle va chercher les points qui font mal. Je suis certain qu’Elisabeth aime me voir souffrir. Elle dit qu’il me faudrait un arrêt de travail.
Le 24 août je suis allé faire du stock chez Boots à Hua Hin : un anti-inflammatoire et un protecteur gastrique. Ibuprofène 400, dix capsules, 110 bahts. Nexium 20 mg, quatorze comprimés, 680 bahts. 790 bahts en tout, autour de 21 euros. Deux factures en cinq jours, une chaîne de pharmacie et un cabinet : ça ne prouve rien sur les prix thaïlandais en général. Mais 92 euros de soins courants en cinq jours, ce n’est pas ce que veut dire « la santé ne coûte rien ici ». Ici on achète le princeps, plein tarif, sans ordonnance et sans tiers payant.
La CFE rembourse la pharmacie à un taux qui dépend de la zone. Sauf qu’il faut monter un dossier depuis la Thaïlande pour récupérer une dizaine d’euros, avec une ordonnance qu’on n’a pas puisque c’est de la vente libre. Certains le font, moi non. Donc le taux du barème ne dit pas forcément ce qu’on touche.
La consultation suit la même logique. Le barème annonce 21 euros pour un généraliste ou un spécialiste, ce qui se lit comme un montant fixe. Le tableau de garanties dit autre chose : « remboursement en forfait limitatif de la dépense réelle engagée avec application d’un taux de prise en charge de 70% de ces forfaits ». Les 21 euros sont donc un plafond, atteint seulement quand la consultation coûte 30 euros ou plus. En dessous, c’est 70% de ce qu’on a payé.
L’autre marché
Il restait le marché thaïlandais, que nous n’avons finalement jamais sollicité. J’y suis revenu sur le papier, et le dossier que le courtier d’AA m’avait envoyé le 16 juin dit quelque chose que je n’avais pas vu à l’époque.
Le document s’intitule « comparison of all options eligible for your age ». Quatre formules chiffrées, pour 72 et 73 ans. L’âge n’était donc pas le problème. C’est l’inverse du marché français, où les deux premières portes se sont fermées sur une date de naissance sans que personne ouvre un dossier.
| Formule | Plafond | Prime annuelle, deux personnes |
|---|---|---|
| Pacific Cross Maxima | 5 millions de bahts par séjour (132 000 €) | 319 110 THB (8 400 €) |
| Pacific Cross Maxima Plus | 10 millions (263 000 €) | 356 688 THB (9 390 €) |
| Pacific Cross Ultima | 20 millions (526 000 €) | 407 442 THB (10 720 €) |
| AXA International Exclusive Silver | 58 millions par an (1 526 000 €) | 701 859 THB (18 470 €) |
La première revient à peu près au prix du montage français avec la CFE. Et sur une hospitalisation lourde elle est meilleure : pas de plafond à 6 000 euros sur les honoraires, l’oncologie et les soins intensifs en frais réels, l’évacuation d’urgence comprise. Cinq millions de bahts par séjour, sans découpage par poste.
Ce qui bloque est ailleurs, et c’est écrit dans leurs règles de souscription. Les exclusions ne dépendent pas du dossier médical, elles dépendent de la tranche d’âge à l’entrée. À partir de 70 ans, examen médical complet obligatoire, et :
| Poste | Traitement à partir de 70 ans |
|---|---|
| Yeux | exclus, sauf accident |
| Articulations et dos | non couverts pendant 3 ans, puis réexamen avec 30% à la charge de l’assuré |
| Prostate | exclue |
| Lésions cutanées | non couvertes pendant 3 ans |
| Dentaire et optique | aucune couverture |
À 75 ans et au-delà, ces mêmes postes deviennent des exclusions permanentes.
Le glaucome de mon épouse et ses deux prothèses de genou auraient donc été écartés d’office, du seul fait de son âge, avant qu’un médecin ouvre son dossier. Groupama l’a acceptée avec 30% de surprime et n’a rien exclu.
J’ai demandé au courtier ce qu’il en pensait, après coup. Sa réponse : « I am pretty sure that both of you would have been accepted with exclusions but you did not make an attempt. » Nous aurions donc sans doute été assurés, avec les yeux et le dos hors du contrat.
J’ai posé cinq questions au courtier fin août, pour cet article. Il a répondu le lendemain. Le contrat court jusqu’à 99 ans. Le renouvellement se fait sans nouvelle exclusion, quel que soit le montant des sinistres. Et les exclusions par tranche d’âge s’appliquent « only at entry age, then benefits remain the same, no matter what age ».
C’est le point important. Le contrat ne se vide pas en vieillissant, il est figé à l’entrée. Quelqu’un qui souscrit à 65 ans garde ses yeux et son dos couverts jusqu’à 99 ans. Quelqu’un qui souscrit à 70 les perd pour toujours.
Deux réserves. Les primes ne sont publiées que jusqu’à 75 ans, donc on s’engage jusqu’à 99 sur un tarif que personne ne montre au-delà. Et après les trois ans d’attente sur les articulations, ce n’est pas automatique, « in case of any new joint problems they will consider an exclusion ». Les trois ans ne sont pas une carence, c’est une période d’observation.
Le contrat qui coche la case
Il y a un dernier contrat dans le dossier de juin.
Pour obtenir un visa retraite O-A, l’immigration thaïlandaise exige une assurance. Le montant est public, sur le site de l’association des assureurs thaïlandais : 100 000 dollars pour une première demande, ce qui fait trois millions de bahts, avec le traitement du Covid inclus dans la formulation, qui n’a jamais été retirée depuis 2021.
Le courtier m’avait proposé en juin un plan calibré exactement là-dessus. Trois millions de bahts affichés, autour de 545 euros par an pour deux. Il le décrivait lui-même comme la solution la moins chère pour obtenir le visa, avec une couverture très faible. Dans le détail : 200 000 bahts par maladie, après 200 000 bahts de franchise. Il ajoutait que sur ce contrat-là, si nous déclarions l’intégralité de nos antécédents, le refus était quasi certain.
Entre le minimum légal affiché et ce que le contrat paye, le rapport est de quinze à un. On coche la case, on obtient le visa, et on n’est pas assuré.
À côté, le visa O-X, qui dure cinq ans renouvelable une fois, n’exige que 400 000 bahts d’hospitalisation. Le visa long demande sept fois et demie moins que le visa d’un an. Les deux pages sont sur le même site, à un onglet d’écart.
Ce que ça coûte, selon ce qu’on gagne
Une dernière chose, qui n’a rien à voir avec l’assurance et qui change tout le calcul.
En France, la protection santé se paie en pourcentage du revenu. Sur une pension, la CSG, la CRDS et la CASA font 9,1% au taux plein, 7,4% au taux médian, 4,3% au taux réduit, et rien du tout pour les retraites les plus modestes, qui en sont exonérées. C’est proportionnel, et pour beaucoup c’est gratuit. Pour un couple, le taux normal s’applique au-delà de 40 604 euros de revenu fiscal de référence, le taux médian entre 26 168 et 40 604, le taux réduit en dessous, et l’exonération sous 20 016 euros.
En Thaïlande, la protection santé se paie au forfait. La CFE coûte 1 968 euros par an pour une personne seule, 3 576 pour un couple, quel que soit le revenu. La complémentaire à notre âge, surprimes comprises, ajoute 4 128 euros pour nous deux. Le même montant qu’on ait 20 000 ou 90 000 euros de pension.
L’expatriation supprime la CSG, à condition d’avoir transféré son domicile fiscal, ce qui n’a rien d’automatique. En face il faut payer le forfait. Les deux se croisent à un endroit précis, autour de 45 000 euros de pensions brutes du foyer si on se contente de la CFE, autour de 89 000 euros si on ajoute la complémentaire à 72 ans. Le premier seuil n’est pas un hasard, c’est à peu près là qu’un couple passe du taux médian au taux normal. Je laisse de côté une cotisation maladie qui peut s’appliquer aux non-résidents et que je n’ai pas réussi à trancher, elle déplacerait ces seuils vers le haut.
Ce qui donne un résultat que je ne m’attendais pas à trouver. Plus la retraite est petite, plus l’expatriation coûte cher en protection sociale. Celui qui ne payait pas de CSG en France n’économise rien en partant et paie le forfait en entier. Celui qui versait 9,1% sur 80 000 euros récupère de quoi le financer. C’est l’inverse de ce qu’on raconte, où la Thaïlande serait la solution des petites retraites qui n’y arrivent plus en France.
Il faut nuancer, parce que la CFE a prévu le cas. En dessous de 24 030 euros de ressources, il existe une catégorie aidée, et la cotisation tombe à 912 euros par an au lieu de 1 968. Il faut être immatriculé au consulat et passer par lui pour la demande. Ça ne change pas le sens du calcul, ça le rend moins brutal. Et l’aide ne porte que sur l’assurance de base, la complémentaire reste au plein tarif. Un retraité modeste qui veut une couverture réelle paie 912 euros plus 1 950 environ, pour ce qu’il avait gratuitement.
Une précision pour finir. Ce calcul compare des couvertures, pas des niveaux de vie. Quelqu’un qui perd 7 000 euros de protection sociale peut très bien vivre mieux à Hua Hin qu’à Nice, avec un loyer trois fois moindre. Ce sont deux questions différentes, et je ne traite que la première.
La porte se referme à 75 ans
Je n’ai pas donné suite. Nous rentrons en France.
Rien à voir avec le prix. Le climat d’abord, qu’on supporte moins bien à 72 ans qu’on ne l’imaginait en arrivant. Et la langue. Je ne parle pas thaï et je ne l’apprendrai pas. Au quotidien ça ne gêne pas, on se débrouille très bien. Sur dix ans, ça veut dire que les seules personnes à qui on parle vraiment sont d’autres Français.
Le contrat n’y aurait rien changé, du reste. L’adhésion cesse au retour définitif dans le pays d’origine — la clause que je relevais plus haut est celle qui s’appliquait à moi.
J’ai demandé si l’acceptation restait acquise pour plus tard. Non. Elle est close avec le renoncement, et toute nouvelle demande repartirait d’un questionnaire de santé neuf, « seulement possible avant vos 75 ans à la date d’adhésion ».
Les limites ne sont pas les mêmes des deux côtés. Mondassur s’arrête à 75 ans à la souscription. Le courtier de Hua Hin écrit qu’on peut encore déposer une demande jusqu’à 74 ans chez Pacific Cross, et jusqu’à 80 ans chez AXA International Exclusive, en précisant que l’AXA est difficile à obtenir. La porte thaïe reste donc ouverte plus longtemps que la française. Elle donne sur un contrat qui a déjà retiré les yeux, le dos et la prostate.
Le courtier de Hua Hin a ajouté quelque chose, après trois ans de dossiers. L’âge et la résidence en Thaïlande sont des conditions d’entrée ; au-delà, tout dépend du dossier médical, et le résultat est imprévisible. « Il y a eu des cas que je croyais impossibles et qui ont été acceptés, et d’autres dont j’étais certain qui ont échoué sur toute la ligne. » Sa conclusion : il faut toujours déposer et voir ce que répond le médecin-conseil. Vingt minutes, sauf si un examen médical est demandé.
Notre dossier le montre à l’envers. Sur sept démarches, deux seulement ont donné lieu à un examen. L’une a refusé mon épouse sans dire pourquoi, l’autre nous a acceptés tous les deux. On ne peut pas savoir à l’avance, et c’est une raison de demander plutôt que de renoncer.
Donc oui, on peut encore s’assurer à 72 ans en Thaïlande. Il a fallu que je découvre l’existence de la dérogation et que je la demande, que j’accepte une surprime, et que je lise la notice plutôt que le devis. Je m’y suis pris à 72 ans. Ce qui est exclu à l’entrée l’est pour la durée du contrat.
Sources
Notice d’information valant conditions générales du contrat GoldVisa n° 210/655482, Groupama Gan Vie, association Interproge, version de décembre 2020 — articles 14, 16, 18 et 22, et tableau des garanties. Contrat d’assistance rapatriement, VYV International Assistance, article 3. Devis Mondassur n° 435771 du 17 août 2026 et propositions d’acceptation du 20 août 2026. Correspondance avec Mondassur, juin à août 2026.
Caisse des Français de l’Étranger : barème des cotisations individuelles d’avril 2026, tableau des garanties 2026, guide d’adhésion. Les taux cités valent pour la zone 3.
Pacific Cross Health Insurance : Underwriting Guidelines, brochures Maxima et Ultima. Comparatif nominatif établi par AA Insurance Brokers le 16 juin 2026, et réponses du courtier des 24, 25 et 28 août 2026.
Thai General Insurance Association, longstay.tgia.org, pages Guidelines Non-Immigrant Visa (O-A) et (O-X), consultées le 24 août 2026.
Taux de CSG, CRDS et CASA sur les pensions et seuils de revenu fiscal de référence : service-public.gouv.fr, fiche F2971, vérifiée le 1er juin 2026.
Facture du cabinet de chiropraxie, Hua Hin, 19 août 2026. Facture Boots Health & Beauty, Hua Hin, 24 août 2026.
Les montants en bahts sont convertis à 38 bahts pour un euro.