Complotisme, populisme et despostime
Un excellent article de Jean-Philippe Delsol sur le sujet sans fin du « complotisme ». Sa thèse est limpide : le complotisme simplifie le réel en désignant un bouc-émissaire, cette simplification nourrit des populismes qui, à leur tour, dégénèrent volontiers en despotismes. Comme il l’écrit, « en rétrécissant l’analyse et le salut du pays à un combat excessif et partiel à la fois… le complotisme développe des populismes susceptibles de se transformer aisément en despotismes ».
Le mécanisme n’a rien de neuf. Le despote se sert du complotisme pour asseoir son pouvoir : il invente ou grossit un ennemi, unifie le peuple contre lui, et détourne ainsi l’attention des problèmes réels qu’il ne sait ou ne veut pas résoudre. Delsol en donne des illustrations qui traversent le siècle : Hitler et les Protocoles des Sages de Sion, Staline dénonçant koulaks et bourgeois comploteurs, Poutine agitant la fable d’une résurgence nazie en Ukraine, certains régimes militaires africains rejetant tous leurs maux sur une France postcoloniale fantasmée.
Le réflexe est loin de s’être éteint avec le XXe siècle — il change simplement de costume. Grand remplacement, Great Reset et « nouvel ordre mondial », fraude électorale généralisée, « État profond », gouvernance mondiale de l’ombre (Bilderberg, Davos) : les habillages varient, mais tous offrent la même chose — un ennemi identifiable là où il n’y a le plus souvent que de la complexité et de l’incertitude.
Le Covid en donne un bon exemple de cette bascule, parce qu’il faut bien distinguer deux choses. D’un côté, un vrai débat scientifique non tranché : une émergence naturelle par transmission animale (jamais formellement prouvée, faute d’avoir identifié l’hôte intermédiaire), ou une fuite accidentelle liée aux recherches menées à l’institut de virologie de Wuhan (le fameux P4) — également plausible, également non démontrée, et sur laquelle les agences de renseignement occidentales elles-mêmes restent divisées. De l’autre, dès que cette incertitude légitime se change en certitude d’un complot orchestré — virus répandu volontairement pour réduire la population mondiale, vaccination rendue obligatoire comme instrument de contrôle plutôt que de santé publique, pandémie montée en épingle pour enrichir quelques laboratoires — on quitte le débat pour le complotisme. La différence n’est pas le doute, elle est là : deux hypothèses qu’on peut encore discuter avec des faits d’un côté, un récit unique qui n’a plus besoin d’aucune preuve de l’autre.
Le bouc-émissaire revient souvent dans les origines du complotisme. C’est un exutoire pour les simplistes et on en trouve beaucoup dans toutes les époques y compris la nôtre. A lire aussi : Le Bouc Emissaire de René Girard.
Article de l’IREF, c’est ici: DU COMPLOTISME AU POPULISME ET AU DESPOTISME.
