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Thaïlande 2021, un pays sans touristes — 1. Le Sandbox de Phuket

Publié le 24 juillet 2026 · voyages

Novembre 2021. Cela fait bientôt deux ans que le monde vit au rythme des confinements. En France, les messages anxiogènes tournent en boucle à la télévision. Nous n’en pouvons plus. Ce récit en plusieurs parties raconte les trois mois que nous avons passés sur les routes de Thaïlande, à un moment unique de son histoire : celui où le pays rouvrait timidement ses portes, sans un seul touriste ou presque.

Partir, mais où ?

Étrangement, notre histoire avec la Thaïlande a commencé par un enfermement ! Nous sortions du Covid et je ne supportais plus toutes ces restrictions sur nos libertés individuelles — c’était une époque de dingues. Ces histoires de blocage, ces injonctions à s’enfermer, ces messages martelés à la télévision : je n’en pouvais plus. Avec Elisabeth, nous avons réfléchi : nous allions partir. Mais où ?

L’Asie nous attirait depuis longtemps, et la Thaïlande figurait sur notre liste de pays à découvrir. En regardant de près, je me suis aperçu que le pays était dans un état de dépression totale : plus aucun tourisme. Quand une économie repose sur les visiteurs et que ceux-ci disparaissent, tout s’arrête.

C’est précisément à ce moment que les autorités thaïlandaises ont lancé le fameux Phuket Sandbox : un dispositif permettant aux voyageurs vaccinés d’entrer dans le pays en passant par Phuket, avec des vols directs Paris–Phuket. C’était le bon moment.

Restait la partie administrative — et quelle partie ! Le Thailand Pass, les tests PCR, l’assurance obligatoire, l’hôtel certifié SHA+ (ces établissements homologués capables de maintenir une quarantaine pour d’éventuels voyageurs contaminés)… Un protocole pénible, mais pas insurmontable. Quand on voit la simplicité des formalités aujourd’hui, on mesure le chemin parcouru.

Un mot sur ces vidéos : vous n’y verrez ni narrateur face caméra, ni montage nerveux aux plans qui s’enchaînent. Juste une promenade, au rythme de la marche. Vous y voyez ce que mes yeux ont vu, vous entendez ce que j’ai entendu. C’est un parti pris : ressentir plutôt que commenter.

Vingt passagers dans un avion de quatre cents places

Le 19 novembre 2021, nous décollons de Paris-Charles de Gaulle. L’avion est pratiquement vide : nous sommes à peine vingt dans un appareil qui peut en accueillir quatre cents.

Fait étonnant : nous décollons avec une heure vingt de retard — surprenant à cette époque où le trafic aérien était quasi inexistant. La cause ? Une grève du personnel de sécurité : plus de la moitié des postes de contrôle étaient fermés. La France éternelle, en quelque sorte ! Mais cette absence de monde nous arrange : nous nous étalons dans l’avion comme si nous étions en première classe. Chacun prend une rangée de trois sièges, relève les accoudoirs, s’allonge. Tout le monde a son lit improvisé, son petit coin pour dormir allongé.

En descendant vers Phuket, l’avion survole la baie de Phang Nga. Quel pays allons-nous trouver ? Je n’en sais encore rien — mais devant la beauté de cette baie qui se révèle sous mes yeux, une joie commence à naître.

À l’arrivée, l’aéroport de Phuket est désert. La seule chose qui nous attend : un groupe de personnes en blouse blanche. L’effet est saisissant. Gentiment, ils nous prennent en charge, nous conduisent devant des stands où l’on nous fait les prélèvements nasaux pour le PCR d’arrivée.

Puis tout s’enchaîne avec une facilité déconcertante : notre taxi est là, réservé d’avance — le Thailand Pass exigeait un hôtel réservé et un transfert organisé. Dès la sortie, la chaleur nous enveloppe. Quarante minutes de route jusqu’à l’hôtel, presque sans circulation. Le chauffeur est visiblement ravi de nous avoir comme clients ; je pense qu’il n’en voyait pas beaucoup.

Le Dusit Thani Laguna : un paradis en quarantaine

Notre hôtel : le Dusit Thani Laguna, au nord de Phuket, en bord de plage. L’accueil est exceptionnel — le personnel aux petits soins.

Les jardins et la piscine du Dusit Thani Laguna

Tout est parfait, tout est prêt pour les invités — mais les invités ne sont plus là…

Les règles du Sandbox sont claires : nous devons rester dans notre chambre en attendant les résultats du PCR, et le personnel a interdiction d’y entrer. Les repas sont déposés à notre porte. On nous avait annoncé quinze jours de quarantaine, puis sept… Au final, les résultats arrivent par mail au bout de trois jours seulement.

Trois jours, et nous voilà libres de profiter de l’hôtel : le parc, les jardins magnifiques, la plage. Après le confinement subi en France, c’était comme arriver au paradis.

Bang Tao, une plage pour nous seuls

Pendant les deux premières semaines, nous ne louons pas de voiture. Nous restons à l’hôtel et explorons les environs à pied.

La plage de Bang Tao est immense — et déserte. Deux promeneurs le matin, quelques silhouettes le soir, et le reste du temps : personne. Sur le sable, une cabane abandonnée affiche encore les taxis-tours vers les îles de la mer d’Andaman ; près de la piscine, on affiche toujours les horaires des marées. Comme si tout s’était figé en attendant le retour des visiteurs. Aucun bruit aux alentours, juste celui des vagues et le cri des oiseaux.

La plage de Bang Tao, déserte

Un paradis vide…

Au petit-déjeuner, la salle est presque vide. Nous avons pratiquement l’hôtel pour nous seuls. C’est assez incroyable. Je me souviens encore de ces premiers petits-déjeuners : café, œufs brouillés, petites saucisses — et ces merveilleux rotis, cette pâte feuilletée pétrie au beurre et au lait, tellement croustillante.

Le matin, j’aime me lever tôt et me promener dans le jardin avant le petit-déjeuner. Un cours d’eau alimente les différents bassins aménagés de plantes vertes et de roseaux. Un jour, je vois un de ces gros lézards, un varan malais, qui se promène gentiment au milieu des nénuphars ; un peu plus loin, un crabier chinois se cache dans les roseaux, à l’affût, scrutant ses proies. Toutes ces petites découvertes m’enchantent et je pars le cœur léger pour un petit-déjeuner de roi. Oui, l’enfermement, c’est bien fini. Enfin…

Villages fantômes et royaume des oiseaux

Autour de la lagune, les hôtels sont majoritairement vides. Il y a quelque chose de désolant à voir toutes ces activités à l’arrêt. Lors de nos balades autour de l’hôtel, on a parfois l’impression de traverser des villages fantômes — mais il y a toujours un coq pour chanter, et un éclair bleuté qui traverse le ciel : c’est le rollier indien. Les oiseaux sont indifférents aux malheurs des hommes ; ils occupent les espaces qu’ils avaient perdus.

À mon grand étonnement, des panneaux nous indiquent que nous sommes dans la zone du tsunami. J’avais oublié cet événement qui avait fait tant de victimes sur cette côte en 2004 — les panneaux sont là pour nous rappeler que la nature a souvent des coups de colère aux conséquences mortelles.

On longe le cimetière musulman envahi par les herbes folles. Plus loin, des hérons garde-bœufs dans les champs attirent notre attention : c’est le royaume des buffles, qui paissent paisiblement près des nouvelles constructions de luxe, en pause pour cause d’économie défaillante. Au village, quelques ouvriers s’activent sur les fondations d’un petit bâtiment, et le restaurant annonce un petit-déjeuner à 60 bahts — moins de 2 euros. On rentre, et au bord de la piscine, les martins tristes prennent leur bain. Seul humain aux alentours, je laisse les oiseaux à leur toilette de luxe et je cherche encore le crabier dans les roseaux…

Les masseuses du coin n’ont presque plus de travail. Moi qui traîne depuis une dizaine d’années une épine calcanéenne et une aponévrosite plantaire qui revient par périodes, je me fais masser les pieds. Elles sont heureuses d’avoir enfin des clients.

Le soir tombe sur Bang Tao. Une grenouille minuscule se tient au pied des orchidées suspendues ; elle me regarde et reste immobile. Je l’ai oubliée, je n’ai jamais pensé à l’identifier — elle restera la belle inconnue aux orchidées.

Ces deux premières semaines, c’est du repos pur : la piscine, la plage, l’ambiance du pays qui s’installe doucement en nous.

La voiture aux freins fantômes

Après quinze jours, les résultats et autorisations en poche, plus rien ne nous empêche légalement de circuler partout en Thaïlande. Il est temps de bouger. Nous avons nos permis de conduire internationaux — l’une des choses que nous avions bien anticipées.

Louer une voiture, en revanche, s’avère moins simple que prévu : beaucoup de loueurs ne fonctionnent plus, certains ont fermé, faute de clients. Je demande conseil à la manager de l’hôtel, qui me trouve un loueur local de confiance. Il nous amène un véhicule, un genre de petit van, plutôt pas mal.

Notre voiture de location à Phuket

La fameuse voiture aux freins fantômes…

Sauf que. Au bout d’une semaine, je m’aperçois que le véhicule est extrêmement dangereux : lors de certaines sorties, après avoir sollicité les freins un certain temps, ceux-ci ne répondent plus du tout. Cela m’arrive à deux reprises. Heureusement, je roulais lentement et sur le plat : je me range sur le côté, tire le frein à main, et j’appelle l’hôtel.

Le loueur vient, trifouille la voiture, suggère que j’ai peut-être « appuyé trop fort sur le frein »… Bref. Devant si peu de sérieux, je retourne voir la manager de l’hôtel : ce véhicule doit repartir immédiatement. Et c’est là qu’on mesure la valeur d’un bon hôtel : elle fait venir le responsable, qui s’excuse devant moi et me fournit un autre véhicule dans la foulée.

La remplaçante, une petite citadine, a aussi ses caprices : la vitre côté conducteur, une fois baissée, refuse de remonter. Je la laisserai fermée pendant tout le séjour. Cela me fait sourire aujourd’hui — c’était la Thaïlande de 2021, un pays qui tournait au ralenti, avec les moyens du bord.

Le sanctuaire des éléphants

J’étrenne notre véhicule avec une sortie au sanctuaire des éléphants de Phuket. Rendez-vous dans un café-librairie à Pa Khlok, d’où une personne vient nous chercher pour nous emmener au parc.

Cette association recueille les éléphants malades, trop vieux ou maltraités, et leur permet de vivre le restant de leurs jours dans un parc sécurisé, pour un repos bien mérité. Ici, pas d’interactions avec les animaux — ni bains, ni portage, ni activités touristiques ludiques. On les regarde se promener dans leur environnement, prendre leur bain, et on leur donne à manger des bananes qu’ils enfournent avec gourmandise.

Dès l’arrivée, au détour d’un virage, le chauffeur s’arrête pour nous laisser admirer un petit éléphant qui s’alimente au bord de la route. Le guide nous dit son nom — la journée commence bien.

On nous équipe de bottes et, avant de partir sur les sentiers, nous donnons à manger aux éléphants. La dextérité avec laquelle ils utilisent leur trompe pour attraper les bananes et les porter à leur bouche est phénoménale : ils peuvent enfourner un régime entier en moins d’une minute. Certains ne voient que d’un œil. La doyenne, Mali, 71 ans, reste dans son enclos, trop âgée pour les promenades. Une autre se baigne dans une grande piscine pour ses séances d’hydrothérapie : elle travaillait dans l’industrie du bois et a eu les jambes cassées. À mon grand étonnement, elle attrape les bananes qu’on lui tend et les mange sous l’eau ! Elle reste une à deux heures dans son bassin — et dès qu’on ne lui donne plus de bananes, elle se désintéresse très vite de notre présence.

L’alimentation se fait toujours dans une zone dédiée, derrière des barrières protectrices. Le dispositif a un double objectif : protéger les visiteurs, et éviter toute interaction directe avec l’animal. On pourrait trouver cela excessif — c’est tout le contraire. Un éléphant, même le plus placide, reste un animal immense et puissant, et les accidents arrivent : début 2025, une jeune touriste espagnole est morte dans un autre « sanctuaire » du sud de la Thaïlande, tuée par un éléphant alors qu’elle lui donnait le bain. Précisément le genre d’activité que ce parc refuse.

Puis nous partons en petit groupe — sept personnes — dans le parc, pour voir Brenda, le plus jeune, puis un autre venu de Krabi : il a travaillé dans des cirques, et les projecteurs l’ont rendu presque aveugle. Les animaux, toujours accompagnés de leur mahout, sont très calmes. Ils aiment se frotter le corps contre les talus de terre, puis vont se baigner dans la rivière. On observe de loin, rien ne presse. Katia avance ses quatre tonnes et disparaît presque sous l’eau ; sa trompe ressort parfois à la verticale et éjecte bruyamment une trombe d’eau pour asperger son dos.

Ici, les hommes soignent et les bêtes vivent sans stress. Une belle journée à Phuket.


La suite au prochain épisode : nous quittons Bang Tao pour le sud de l’île — Patong, le Big Buddha, la vieille ville de Phuket, les temples, et les premières excursions en mer vers Koh Phi Phi et la baie de Phang Nga…

Retrouvez toutes les vidéos de ce voyage sur notre chaîne YouTube.

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