Thaïlande 2021, un pays sans touristes — 6. Krabi et le lac Thale Noi
Suite de notre voyage de trois mois dans la Thaïlande de 2021, rouverte à peine après le Covid. Dans l’épisode précédent : les îles Similan, la baie de Phang Nga et le village sur pilotis de Koh Panyee. Cette fois, cap à l’est — la grotte aux tigres de Krabi, un port de ferries désert, puis le lac Thale Noi et ses oiseaux.
La route de Krabi
La musique nous réveille de bon matin à Phang Nga. Il est temps de partir. Un bref arrêt près du bouddha doré, puis la belle route vers Krabi.
Wat Tham Suea, la grotte aux tigres
Le chedi est perché tout en haut de la montagne. Il faut monter 1 200 marches pour l’atteindre — un peu trop pour nous, on préfère la fraîcheur de la grotte.
Le temple est construit contre le flanc de la montagne. On entre sur le côté par une grande salle au sol et au plafond bleus, où quelques moines attendent d’éventuels visiteurs.
Après une série de bouddhas de toute taille, un escalier de marbre mène à une première niche, une grande statue de tigre, puis d’autres marches jusqu’au cœur de la petite grotte où le tigre aurait vécu.
Le tigre a disparu et les moines sont restés, construisant ainsi les légendes qui s’écrivent au fil du temps.
On redescend. La belle salle bleue est vide. Dans l’enceinte, d’autres temples toujours en construction, décorés de dragons et de tigres imposants.

Deux tigres gardent l’entrée
Ao Nang
Il fait chaud sous le soleil de Krabi. On reprend la route pour Ao Nang Beach. Quelques long tail boats amarrés au rivage, une longue plage, et tout est paisible. Un peu plus loin sur la promenade, le monument des pêcheurs et de l’espadon commémore un événement du passé. Les légendes vivent encore.
Un couple allongé, les pieds dans l’eau. Des bateaux en attente de départ. Le Covid a vidé les lieux.
Le port vide de Klong Jilad
À 4 km de la ville, le terminal des ferries reste vide lui aussi. C’est le point de départ pour Koh Phi Phi, Koh Lanta, Phuket, Laemtong ou Railay, et le terminal principal de la ville.
On peut aussi y voir un avion de chasse de la Marine royale thaïlandaise, et un bateau de débarquement américain, le HTMS Lanta, transformé en musée. Un groupe de motards visite les lieux — trois Lituaniens, les seuls touristes avec nous.

L’avion de chasse de la Marine royale, devant un terminal sans personne
Le lac Thale Noi
L’étape suivante nous mène vers Phatthalung, et surtout vers le lac Thale Noi, pour y voir les oiseaux qui y vivent et y prospèrent.
Un beau matin, Elisabeth et moi embarquons. C’est une vaste réserve naturelle, un marais d’eau douce situé au nord du grand lac Songkhla, où vivent les buffles d’eau et de nombreuses espèces d’oiseaux.
Le long tail boat nous emmène dans les chenaux, entourés de nénuphars et de lotus roses. Le bateau est étroit, la stabilité imparfaite, mais quel bonheur de glisser ainsi sur l’eau au milieu d’une végétation verdoyante.
Le pilote navigue adroitement dans les chenaux, saluant au passage les pêcheurs du lac. Ici, tout le monde se connaît probablement. Un long tail nous dépasse à toute vitesse, l’homme nous salue et crie : « Where are you from ? »
Les hommes du lac
Ils vivent sur le lac ou sur ses abords, dans des maisons traditionnelles construites sur pilotis, adaptées aux crues saisonnières nombreuses dans cette région du monde.
Nous passons sous de grandes structures de bois plantées dans l’eau. Juste en dessous de nous, d’immenses filets de pêche carrés en bambou — les Yors — que les pêcheurs remontent en se servant de leur propre poids comme contrepoids. Un peu comme les carrelets sur les bords de la Gironde.
On longe des buttes de terre où des fermes sont établies. Les villageois y viennent en barque pour surveiller les bêtes, qui passent la journée en semi-liberté sur le lac. Les buffles ont appris à nager sur de longues distances : ils plongent la tête sous l’eau et se nourrissent des herbes aquatiques. Une adaptation à leur environnement.

Un buffle dans l’eau jusqu’au poitrail
5 000 familles vivraient du lac — pêche, élevage, riziculture, et la vannerie du krajood. La région développe l’écotourisme communautaire, les pêcheurs emmenant les visiteurs comme nous découvrir les nénuphars en fleurs, les oiseaux migrateurs et la vie des hommes.
Les oiseaux
C’est le premier site Ramsar de Thaïlande, et on y a recensé plus de 150 espèces d’oiseaux : crabiers, sternes, grandes aigrettes, guêpiers, bec-ouverts indiens, milans sacrés, cormorans, hérons pourprés et hérons garde-bœufs — et des espèces plus rares qui font la joie des ornithologues.
Un bec-ouvert indien dans la vase
Le même, qui nous survole
Un milan sacré, posé sur un piquet
Un guêpier, posé sur un piquet
Nous entrons sur une mer de nénuphars pour voir le vol des bec-ouverts indiens, qui se sont rassemblés là. L’adresse du pilote est remarquable pour éviter l’enlisement dans cette végétation abondante. Plus loin, les buffles nous regardent passer, indifférents, occupés à s’alimenter.
Au retour, nous déjeunons au café Le Noi Berry, près de l’embarcadère. Nous y sommes bien accueillis, seuls touristes ce jour-là.

Le café Le Noi Berry, près de l’embarcadère
