Thaïlande 2021, un pays sans touristes — 5. Les îles Similan et la baie de Phang Nga
Suite de notre voyage de trois mois dans la Thaïlande de 2021, rouverte à peine après le Covid. Dans l’épisode précédent : Wat Chalong, un mariage croisé par hasard, et Koh Phi Phi au couchant. Cette fois, cap au nord : Khao Lak, les îles Similan, puis la baie de Phang Nga et le village sur pilotis de Koh Panyee.
La route de Khao Lak
On quitte Phuket par une matinée ensoleillée en direction de Khao Lak, où nous devons embarquer pour les îles Similan. Vers 10 h, on s’arrête pour visiter le Wat Tha Sai (Wat Tes Tammanawa), à Phang Nga. On entre. Une gamine esquisse quelques pas de danse sur le parquet, un tapis rouge mène au siège du moine et, derrière lui, un Bouddha assis d’une blancheur éclatante semble nous transmettre sa sagesse. Dehors, il fait bon près des grands arbres qui bordent la plage de Bor Dan Beach. On fait une pause près du temple de prières.
Sur la route, je m’arrête pour voir les buffles qui broutent dans un champ accessible par un petit sentier. Le troupeau s’éloigne à mon approche. Certains lèvent la tête, comme pour humer l’air, et me surveillent à bonne distance, accompagnés de quelques pique-bœufs.

Les buffles me surveillent à distance respectable
On reprend la route jusqu’au Wat Pattikaram. Dans l’enceinte, plusieurs temples et un Bouddha doré, assis sur sa plateforme, victorieux, qui nous regarde de toute sa hauteur. Plus loin, de grandes salles et les habitations des moines. Sous un arbre, deux femmes préparent la table, les chiens se reposent sur la terre à côté. Elles sourient et me proposent de manger avec elles. Elles ne parlent pas anglais : la bienveillance thaïlandaise dans toute sa simplicité.
Près du temple entouré d’éléphants, un four à feux d’artifice, des résidus de poudre tout autour. La chance sera-t-elle au rendez-vous ? À l’intérieur, un Bouddha assis recouvert de feuilles d’or, dont le vent fait trembler quelques feuilles. Plus loin, j’aperçois un moine qui rentre dans sa maisonnette.
Le Bouddha doré du Wat Pattikaram, assis sur sa plateforme
Le four à feux d'artifice, entouré de résidus de poudre
Les deux femmes qui préparent la table et nous invitent à manger
Vers les îles
En arrivant à Thap Lamu Pier, je vais me présenter au bureau de l’agence WOW Andaman, qui organise le tour vers les îles. Les bateaux de pêche sont amarrés, serrés les uns contre les autres. Un peu plus loin, les petits bateaux rapides qui nous emmèneront aux îles en 1h30 nous attendent.
On embarque rapidement et on s’équipe tous de gilets de sauvetage. Nous sommes une vingtaine à bord, le personnel distribue des cachets contre le mal de mer : cela promet un voyage agité ? La vitesse et la houle nous secouent un peu, et je crois que nous sommes tous contents de mettre pied à terre à l’île de Ko Miang.
Ko Miang et Ko Similan
La nature y est préservée, il y a peu d’infrastructures, je pars sur le nature trail. Au détour du chemin, un énorme varan se sauve à mon approche. En revenant sous les arbres, j’aperçois enfin le pigeon Nicobar à camail qui court au sol. Je le suis à distance et je peux finalement le prendre en photo. Il paraît bien terne de loin, mais son plumage irisé le transforme comme par magie en oiseau magnifique. Finalement, lassé de me voir le suivre, il s’envole.
Des chauves-souris pendues aux branches, têtes en bas, me surplombent. Je préfère regagner la plage de sable blanc et la mer turquoise. Une carte postale grandeur nature : seule la houle vient rompre le silence.

Les roussettes à tête grise, suspendues au-dessus du sentier
Retour au bateau, direction Ko Similan pour déjeuner et faire du snorkeling. On s’amuse beaucoup à regarder les poissons colorés, Elisabeth se débrouille bien mieux que moi, la houle ne semble pas la gêner. Ma caméra n’est pas étanche, je n’ai pas filmé ce beau moment. Pendant la pause, on admire sur la plage un bernard-l’ermite qui s’évertue à regagner la mer. Un nouveau bateau arrive, mais nous sommes finalement peu nombreux sur l’île : le covid a vidé les îles, lui aussi…

Le bernard-l’ermite et la mer qui l’attend
La baie de Phang Nga
Décembre 2021. Il est 6 h du matin à Phang Nga Bay, on est réveillé par les chants des coqs alentour. Puis la musique et les battements de tambour des exercices quotidiens matinaux. On part de bon matin pour Tha Dan Pier, où nous avons loué un long tail boat pour visiter la baie et le village lacustre de Panyee. Le marin nous accueille par de grands saluts et nous invite à monter. Nous avons réservé quatre heures de promenade, et le bateau pour nous tout seul. On glisse sur l’eau, le bruit du moteur en fond sonore.
Phang Nga vient de deux mots thaïs, « phang », le creux, et « nga », la défense : les falaises calcaires qui jaillissent de l’eau ressemblent en effet à des défenses d’éléphant. Le bateau ralentit près de l’une d’elles pour que l’on admire les peintures rupestres. C’est Khao Khian, « la Montagne aux Écritures ». Dans une cavité en surplomb, des dessins à l’ocre rouge apparaissent, se reflétant dans l’eau claire : la faune marine et terrestre, des figures géométriques, des silhouettes humaines. Les archéologues restent prudents sur la datation, on parle d’environ 3 000 ans. On les attribue traditionnellement aux ancêtres des Moken, un premier aperçu du talent des premiers habitants de la région.
Les Moken, que l’on surnomme les gitans de la mer, ont longtemps vécu presque toute l’année sur leurs bateaux-maisons, les kabang, entre Thaïlande, Birmanie et Malaisie. Plongeurs hors pair, ils descendent chercher coquillages et concombres de mer à quarante mètres, et leurs enfants apprennent à voir nettement sous l’eau. Ils ne seraient plus aujourd’hui que trois à cinq mille, de plus en plus sédentarisés : le tourisme et les parcs nationaux leur apportent un peu de revenus mais pèsent sur leur mode de vie.
Dans la baie, d’autres communautés vivent elles aussi sur l’eau, des Malais musulmans et des Thaï-Moken : maisons en bois sur pilotis ou accrochées aux racines des mangroves, toits de tôle, passerelles étroites, filets et enclos à poissons tout autour. Les enfants y apprennent à manœuvrer une barque avant de marcher, et l’école est flottante. La pêche, la pollution et la pression du tourisme rendent la vie plus difficile, mais beaucoup de familles restent.
Koh Panyee
On longe les falaises à toucher les roches, puis le village de Koh Panyee apparaît près des falaises, les dômes dorés de la mosquée s’élevant au-dessus des toitures colorées. On passe au large du village, d’autres falaises karstiques bordées par la mangrove. Bientôt, on longe les grands bateaux à touristes : ils restent vides à l’ancre, en attendant des jours meilleurs.
Voici Khao Phing Kan, la fameuse James Bond Island, avec son bout de plage et son immense rocher dressé comme un python. L’île est désormais privatisée, l’entrée est payante : nous passons notre chemin.
Nous rejoignons le village sur pilotis de Panyee pour déjeuner. Autour du village, de grandes cages flottantes servent à stocker et à élever les poissons : de l’aquaculture à l’ancienne.
Les maisons colorées de Panyee, sur leurs pilotis
La tourterelle tigrine en cage, près des magasins de vêtements
Les ruelles sont bordées de boutiques pour touristes, mais des touristes, il n’y a que nous. Le village vit sur lui-même. Le coq chante, la tourterelle tigrine est en cage près des magasins de vêtements. Un pêcheur refait ses nasses, les gens nous sourient. Coquillages, plantes, sacs, bracelets, colliers : tout est étalé, mais personne à l’horizon pour vendre. On déambule accompagnés par les cris des oiseaux en cage. Comme des moules sur un rocher, les compteurs électriques sont collés aux poteaux qui retiennent les câbles de ruelle en ruelle.

Les compteurs électriques, collés aux poteaux comme des moules sur un rocher
Le village est assez grand pour qu’on puisse presque s’y perdre sans repères visuels. Je guide mes pas vers la mosquée que j’ai repérée entre les toitures des maisons. Ici vivent environ 360 familles, entre 1 600 et 2 000 personnes. Un vieux monsieur allongé sur un banc dort au bord de la ruelle.

La mosquée de Koh Panyee et ses dômes dorés
Au bout du village, l’école, où l’on m’invite gentiment à entrer dans la cour. Les enfants jouent au ballon et courent sur le terrain de jeux. Plus loin, un grand terrain de foot au bord de la baie : quel merveilleux endroit pour jouer ! La baie et ses pics karstiques nous emmènent ailleurs, dans le monde de gens simples dont la vie suit le rythme de la mer. Difficile de quitter un endroit pareil quand on y a grandi. Il paraît d’ailleurs que la plupart des jeunes y reviennent après leurs études en ville.
La cour de l'école de Koh Panyee
Les bâtiments de l'école, devant les pics karstiques
Le terrain de sport au bord de la baie
Je repars vers le quai des bateaux, où nous mangeons dans un petit restaurant avant de reprendre la mer. Après quelques manœuvres parfaitement exécutées, le bateau se glisse dans une grotte, les roches pointues frôlant nos têtes. Il est temps de rentrer, la balade se termine.
Un peu hors du temps, comme suspendus entre deux époques.
La suite au prochain épisode : Krabi, puis Thale Noi et sa réserve d’oiseaux d’eau.
