Thaïlande 2021, un pays sans touristes — 2. Phuket, du nord au Big Buddha
Suite de notre voyage de trois mois dans la Thaïlande de 2021, rouverte à peine après le Covid. Dans l’épisode précédent : l’arrivée par le Phuket Sandbox, la quarantaine express au Dusit Thani, la plage déserte de Bang Tao et la journée au sanctuaire des éléphants.
Banana Beach, une île dans une île
Avec la voiture de location, l’exploration peut enfin commencer — d’abord par la partie nord de l’île, en m’appuyant sur rawai.fr, un site français riche en indications touristiques de qualité.
Nous partons le matin pour Banana Beach, une plage minuscule nichée dans une crique coincée entre deux éperons rocheux, moyennement accessible par un sentier forestier qui descend à l’aplomb de la route 4018. Deux chaises en plastique, des tables et des parasols ; une balançoire squelettique pend nonchalamment aux arbres qui bordent la plage aux reflets bleu turquoise. Juste le bruit du ressac. Une île dans une île — et toujours personne à l’horizon.
Wat Mongkol Wararam, le sourire d’un moine
On poursuit la route du nord vers le parc national de Sirinat. Près de Naiyang Beach, le Wat Mongkol Wararam nous offre ses temples et ses petits bancs colorés pour une pause. Plus loin, le grand stupa doré réfléchit la lumière montante, et les petites maisons des moines où flottent au vent les robes mises à sécher.
J’aperçois un moine au loin, je lui fais signe, et il me sourit. Finalement, il vient me voir — mais ne parlant pas anglais, la conversation s’avère impossible. Après un salut, il repart à ses occupations domestiques. L’enceinte est grande et compte de nombreux bâtiments au milieu de jardins bien entretenus. Sur une terrasse, un petit bouddha blanc aux yeux noirs veille sous un auvent.
Le parc national de Sirinat
Un peu plus loin, le parc de Sirinat et ses grands arbres nous offrent une halte ombragée. L’endroit est magnifique : les bateaux alignés et ancrés par cordage sur la plage, certains rangés sous les frondaisons. On entend un avion au nord ; il apparaît bas sur l’horizon, il va atterrir sur l’aéroport tout proche. Très vite, le silence revient — le bruit des vagues et le chant des oiseaux.
J’entends des voix : ce sont les marchandes de poissons. Des étals sur quelques tables au bord de la route, où les pêcheurs viennent vendre leur prise du jour — un marché local. Les écailles brillent : plus frais, on ne trouve pas. Aucun touriste à l’horizon, et pourtant tout est prêt pour l’accueillir : de grands arbres, des sentiers pour marcher aisément, de l’herbe rase, des places de parking et des restaurants. On quitte la plage et c’est un parc verdoyant qui nous accueille pour un pique-nique de roi.
La mer ronge aussi la côte : petit à petit, elle grignote la base des grands arbres, faisant apparaître leurs puissantes racines au grand jour. Avec le temps, les arbres tombent, vieillissent et blanchissent au soleil, agrémentant la plage de bois flotté aux arabesques inattendues. Décharnés, certains tiennent encore debout par miracle — vision étrange, improbable. Quelques locaux sont venus pour la mer, le parc et un beau pique-nique sous l’ombrage des arbres protecteurs ; les enfants jouent et me saluent. Les étrangers se font rares ici, en ce moment.
Bang Rong Pier, la mangrove en face
On traverse l’île d’ouest en est pour rejoindre Bang Rong Pier. C’est d’ici que partent les bateaux pour Koh Yao. Sur l’autre rive, la mangrove, qui semble impénétrable. Il y a toujours des départs malgré le peu de touristes. Un long-tail boat s’éloigne du quai ; j’admire la dextérité des marins à manœuvrer leur grande perche. On prend un café au Kantary — le vieil homme semble content.
Vers le sud : temples, Patong et Rawai
Passage au Wat Choeng Thale avant de rejoindre le Big Buddha, au sud de l’île. Les temples colorés explosent au soleil — mais la misère aussi, et un abri pour nécessiteux a été mis en place. À côté, un temple aux balustrades décorées de draps noirs : un deuil, je pense. Un lampadaire surmonté d’une Kinnaree (กินรี), cette créature mi-femme mi-oiseau de la mythologie et de l’art traditionnel thaïlandais, éclaire le jardin à la nuit tombée.
Puis Patong Beach, déserte. Un jet-ski esseulé sur le sable, quelques rot saleng alignés au bord du trottoir, où les vendeurs commencent à griller leurs poulets pour les promeneurs de passage. À quelques pas, les marchandes ont étalé les poissons sur une bâche à même le sol : c’est l’abondance, toutes sortes d’espèces inconnues pour moi. Les locaux achètent ; découpé sur place, le poisson repart préparé, prêt à être cuisiné.

Patong Beach, déserte
Un jet-ski esseulé sur le sable
Les poulets qui commencent à griller
Les poissons étalés à même le sol
Les acheteurs matinaux
On repart pour Rawai Beach, une longue plage bordée d’arbres où sont amarrés de nombreux long-tail boats. Deux géopélies zébrées qui semblent perdues, et un couple vite aperçu — vite disparu.
Nai Han, une journée à ne rien faire
Un peu plus loin sur la même côte, Nai Han Beach — et cette fois sans autre programme que de se laisser vivre. Une plage habituellement bondée ; aujourd’hui, quelques personnes. On prend un transat et un parasol, nous voilà prêts pour le farniente.
On marche le long du rivage, le bruit des vagues qui viennent mourir à nos pieds, l’écume blanche aux lèvres, une eau limpide et douce. On parcourt toute la plage ; à son extrémité, un cours d’eau vient se jeter dans la mer. On repart en sens inverse. Si peu de monde qu’on entend presque le silence.
En se rapprochant de l’hôtel, à l’autre bout, j’entends le bruit des machines qui tournent. La plage est si calme que ces bruits techniques suffisent à rompre le charme. Quel dommage — on était vraiment au paradis.
Je ne pense pas revoir un jour Nai Han comme ce jour-là.
Le Big Buddha de la colline de Nakkerd
En arrivant sur la colline de Nakkerd, le Grand Bouddha blanc nous tourne le dos, comme désintéressé des affaires humaines. À sa droite, un petit bouddha doré lui tient compagnie. À ses pieds, une grande terrasse offre aux promeneurs une vue magnifique sur Phuket City, la baie de Chalong et l’île de Koh Lon.
L’esplanade du Big Buddha
On se retourne, et la statue de 45 mètres de haut nous domine de toute sa splendeur. Il nous regarde, assis et drapé de marbre blanc, victorieux, comme pour nous prendre à témoin. Les nuages gris-bleu filtrent la lumière. On monte les marches des grands escaliers, escortés par les dragons blancs, et il apparaît dans toute sa splendeur — immense, assis sur la rotonde faite de colonnes de béton armé progressivement recouvertes de marbre de Birmanie.

Le Grand Bouddha de marbre blanc — 45 mètres
Réparties autour de la plateforme, les statues de bouddhas dorés symbolisent les jours de la semaine. Les Thaïlandais cherchent la statue qui correspond au jour de leur naissance pour y prier ou déposer des offrandes. Je suis né un dimanche dans le calendrier grégorien — cela reste exact dans le calendrier thaï (1954 = 2497 de l’ère bouddhique) : mon bouddha se tient donc debout, c’est le Pang Thawai Net, et ma couleur est le rouge. Pour Elisabeth, née un jeudi, c’est un bouddha assis, le Pang Samathi, et sa couleur est l’orange. Légèrement en retrait sur la droite, le bouddha doré érigé en l’honneur de la reine Sirikit — un hommage des Thaïlandais à la reine mère.
En chemin, nous passons sous le hangar marbré où un moine assis attend. Il paraît bien seul ; il nous sourit — c’est la Thaïlande. Nous passons devant les 32 bouddhas dorés du jeudi, un grand bol noir à leurs pieds. Symbole de la santé du corps, les 32 bouddhas veillent sur nos 32 organes vitaux ; je les admire sans vraiment en connaître le rituel.
Drapé de marbre blanc
Le bouddha doré en l'honneur de la reine Sirikit
Sous le hangar marbré, un moine attend...
Les 32 bouddhas dorés du jeudi
La visite se termine par cette vue merveilleuse sur la baie de Chalong et le bleu de la mer d’Andaman.
La baie de Chalong et la mer d’Andaman
La suite au prochain épisode : la vieille ville de Phuket et ses ruelles sino-portugaises, le Saeng Tham Shrine, l’ordination d’un jeune moine au Wat Mongkhon Nimit, et le bouddha couché de Koh Sirey…
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