Thaïlande 2021, un pays sans touristes — 3. La vieille ville de Phuket et Koh Sirey
Suite de notre voyage de trois mois dans la Thaïlande de 2021, rouverte à peine après le Covid. Dans l’épisode précédent : Banana Beach, le parc national de Sirinat, les temples du nord, Patong déserte et le Big Buddha de la colline de Nakkerd.
La vieille ville de Phuket
On remonte la Soi Romanee, dans Phuket City, et ses maisons aux couleurs pastel, héritage de l’époque sino-portugaise. Autrefois lieu de perdition, c’est aujourd’hui celui des boutiques et des cafés branchés. La pandémie est passée par là : la rue est calme, beaucoup de boutiques sont fermées — on est loin, je pense, de l’agitation pré-Covid.

Les maisons sino-portugaises aux couleurs pastel
On passe d’une rue à l’autre. Sur la Thalang Road, les échoppes d’artisans succèdent aux magasins de vêtements ; plus loin, une cuisinière s’affaire à la création de rotis colorés. Le beurre crépite, un parfum chaud et sucré se diffuse dans l’air — un bonheur instantané s’échappe dans la rue. Nous n’avons jamais retrouvé ailleurs le goût de ces merveilleux rotis de Phuket : même à Hua Hin, où nous vivons aujourd’hui, ils n’ont pas la même saveur. Le magasin suivant déborde d’offrandes et d’objets de fête. Prions pour la fête qui vient…
La cuisinière aux rotis colorés
Quelques tables sur le trottoir, et déjà des repas servis aux lève-tôt qui mangent goulûment. On poursuit la visite en cherchant les trottoirs à l’ombre — il fait déjà chaud à dix heures du matin. On se fait parfois héler, sans insistance, par des chauffeurs de taxi sans clients. Des graffitis sur les stores baissés des magasins fermés de Phang Nga Road ; on passe sous des échafaudages en bambou qui paraissent si fragiles. Un magasin d’art, un perroquet qui récite son chapelet derrière le QR code de la vendeuse de boissons — puis un rideau grinçant se lève, et le vieux Phuket m’apparaît ! La librairie de livres d’occasion vient d’ouvrir ; une immense photo du vieux Phuket couvre un mur entier : la tour de l’horloge jaune et l’ancienne banque de Phuket dans leur beauté originelle. Rénovés, les deux bâtiments abritent aujourd’hui le musée de Phuket. La vendeuse me dit que la photo les montre tels qu’ils étaient il y a cent ans — elle a dû être prise avant les rénovations de 2012…
On poursuit nos déambulations, émerveillés par la beauté de cette ville. L’hôtel aux façades décrépites n’en garde pas moins une certaine élégance, avec ses lignes modernes sans fioritures. Et c’est en m’attardant sur cette façade que je la remarque, juste à côté : une grande arche ornée de dragons.
Elle donne sur le Saeng Tham Shrine, longtemps resté secret. Ce sanctuaire chinois fondé par le clan Tan est un très ancien temple taoïste. On longe la ruelle étroite aux murs agrémentés de dessins, où les femmes aiment prendre la pose. Au bout de l’allée, la « lumière sereine » illumine les poupées chinoises, les dragons flamboyants et les façades blanches ornées de boiseries de l’hôtel On On. Le bonheur pour tous les visiteurs commence ici ! On entre : deux visiteurs préparent leur offrande de bâtons d’encens ; les feuilles d’or frémissent dans la brise, maintenues sur la boule de pierre à son sommet par quelques pièces de monnaie. Cette pratique thaïe s’est diffusée dans la culture des immigrants chinois — un syncrétisme religieux, la beauté culturelle de Phuket. On accumule des mérites par ses offrandes, un Luk Nimit pour la chance.
L'arche d'entrée ornée de dragons
La pause des coquettes dans la ruelle
Les façades blanches de l'hôtel On On
Les feuilles d'or sur la boule de pierre
Une imprimerie en bord de rue fait tourner ses machines à plein régime ; les magasins de tissus et de vêtements se succèdent sur la Yaowarat Road. Quelques touristes ici et là, les lampadaires aux lanternes chinoises, les songthaew bariolés qui attendent désespérément les clients, les saleng vidés pour la soirée à venir — pendant que deux cuisiniers s’activent, plus loin, à la préparation des crêpes légères a-pong, enchaînant les gestes précis sans temps mort.
Wat Mongkhon Nimit : l’ordination d’un jeune moine
Le Wat Mongkhon Nimit, situé au cœur de la vieille ville, porte bien son ancien nom : Klang — « milieu », en thaï. On aperçoit ses toitures richement ornementées depuis les rues avoisinantes. Certains bâtiments sont de style sino-portugais ; sur l’arrière, un grand chedi (ou stupa) de briques contraste merveilleusement avec les onze petits stupas dorés qui l’entourent.
Le Wat Mongkhon Nimit
Le grand chedi de briques et ses stupas dorés
Bâtiment de style sino-portugais
On entend la voix des moines ; on se dirige vers l’ubosot. À l’intérieur, un immense bouddha assis — Luang Pho Khao — au bout de la salle ; la foule à genoux se presse près des moines qui, en cercle, récitent les mantras. Par hasard, encore une fois, nous sommes arrivés pendant une cérémonie d’ordination d’un jeune moine, le Buat Phra.
La cérémonie touche à sa fin, les moines quittent le temple. Le jeune moine, crâne rasé, reste au milieu de sa famille et de ses amis, venus lui apporter des présents qu’ils déposent dans son bat (บาตร), le bol en inox — avant une séance photo qui immortalisera l’événement pour toute la famille. Le jeune homme reste digne et serein, impassible au milieu de l’agitation joyeuse. Tout le monde porte un masque : le Covid est toujours présent…
Je reste pour voir sortir la foule joyeuse. Le moine les accompagne, puis s’éloigne. La maman reste encore un peu, immobile, les yeux fixés sur son fils qui part pour une autre vie… Un moment qui s’éternise. Que pense-t-elle ?
Un moment qui s’éternise…
Koh Sirey, le bouddha couché et les gitans de la mer
En route vers un autre temple, sur l’île de Koh Sirey. On passe le pont pour atteindre le Wat Koh Sirey ; un moine nous indique où stationner. Un peu plus loin, deux énormes statues : les gardiens qui veillent sur les lieux, des Yakshas (ยักษ์) qui prennent ici l’apparence de Mokens (ou Chao Lay), ce peuple de gitans de la mer qui s’est sédentarisé au pied de la colline.
Dans la grande salle de sermon (Sala Kan Parian), les moines en ligne récitent leurs mantras devant un public en prière, assis sur des bancs de bois. Je quitte la salle et un moine m’indique le chemin du temple, en haut de la colline — il faut maintenant marcher. Il fait chaud sur la route goudronnée, je m’essouffle un peu. Un petit temple avec des bouddhas dorés dans toutes les positions, puis il faut encore gravir les dernières marches, rouges et vertes.
À l’intérieur, un grand bouddha couché, drapé de tissus de soie dorée : je suis dans le grand viharn qui abrite ce géant de dix-huit mètres de long. Je suis seul. Sur la terrasse extérieure, une vue à 360° sur la baie et la mer d’Andaman.
Le bouddha couché, dix-huit mètres de soie dorée
La suite au prochain épisode : le Wat Chalong, le plus vénéré des temples de Phuket — puis le grand large ! Koh Phi Phi, Khao Lak et les îles Similan, et la baie de Phang Nga aux pitons karstiques…
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