Thaïlande 2021, un pays sans touristes — 4. Wat Chalong et le grand large
Suite de notre voyage de trois mois dans la Thaïlande de 2021, rouverte à peine après le Covid. Dans l’épisode précédent : les ruelles sino-portugaises de la vieille ville, le Saeng Tham Shrine, l’ordination d’un jeune moine au Wat Mongkhon Nimit et le bouddha couché de Koh Sirey.
Quatre ans plus tard
J’écris ces lignes depuis Hua Hin, où nous vivons maintenant depuis trois mois. La Thaïlande me plaît toujours autant qu’à l’époque du sandbox — mais ce n’est plus le même pays, et Phuket encore moins que le reste.
Sur les réseaux, le refrain revient sans cesse : Phuket serait devenue « invivable ». La circulation, le bruit, la construction qui ne s’arrête plus, les prix qui montent, la pression touristique revenue d’un coup après les années creuses. La question se pose sérieusement.
C’est pour ça que ces images de 2021 me semblent aujourd’hui étranges. Ce que je filmais alors, ce n’était pas une île tranquille : c’était une île à l’arrêt, et nous le savions tous. Personne ne souhaitait que ça dure. Mais pendant quelques mois, nous avons vu Phuket comme presque personne ne la verra plus.
Wat Chalong, un matin
Nous partons le matin pour Wat Chalong. L’enceinte est grande, beaucoup de places de parking vides, un moine est venu en voiture, et j’aperçois au bout de l’allée un grand stupa dressant sa flèche vers le ciel.

Un moine descend de son pick-up. Au fond de l’allée, la flèche du grand chedi.
Le temple, avec ses toitures superposées, resplendit de couleurs au soleil. De l’autre côté, déjà un autre temple, et à l’extérieur, dans un bac en forme de bateau, des bougies brûlent. Un couple en blanc vient y allumer des bâtons d’encens. Curieux, je m’approche : on dirait des jeunes mariés. L’homme semble être en tenue militaire, un costume aussi blanc que la robe de la mariée.

Le temple principal et ses toitures superposées
Je me dirige vers l’entrée. Beaucoup de chaussures au pied des escaliers : le temple doit être bondé. Des pétards éclatent. La fumée sort du four en brique où les gens les jettent. Le vœu accompagné de pétards porte chance dans le travail et les études. Si j’avais su, j’aurais fait le plein à 16 ans.
Les mariés plantent leurs bâtons d'encens, le photographe les suit partout
Le four à pétards, en brique, devant le temple
Pendant ce temps, debout, le couple en blanc attend religieusement devant l’entrée du temple. J’attends aussi. Ils se dirigent vers les grands vases pour y planter leurs bâtons d’encens. Un photographe les suit partout. Ils lèvent les yeux et remarquent que je les filme — deux beaux sourires. On est en Thaïlande.
J’entre. La foule vient prier devant trois grandes statues de moines couvertes d’or, et inlassablement chaque personne vient ajouter, feuille après feuille, une couche d’or supplémentaire. On raconte que des pêcheurs pris dans la tempête auraient fait vœu, s’ils en réchappaient, de coller de l’or sur l’abbé lui-même ; qu’il aurait objecté qu’on ne dore pas un vivant, et qu’il aurait fini par céder devant leur insistance. L’usage est resté.

Les trois moines, littéralement couverts d’or, une tenue orange et rouge entre leurs jambes croisées.
Je me retourne : le couple est entré et reste agenouillé à l’entrée, les mains jointes devant un petit autel.

Agenouillés à l’entrée, les mains jointes
Les mariés viennent ajouter eux aussi leur couche d’or sur les trois moines. Serrés l’un près de l’autre, ils répètent les mêmes gestes, les mains d’or s’aidant l’une l’autre devant quelques feuilles récalcitrantes. Dehors, les pétards éclatent à nouveau.
Je discute avec une dame très élégante. Elle me dit que la mariée est sa fille, et son gendre douanier. Elle est heureuse de cette belle journée.
Je vois le couple sortir du temple et se diriger vers le four : eux aussi viendront y jeter leurs pétards, en toute sécurité. Bonne chance pour toute l’année qui vient.
C’est la deuxième fois que nous entrons dans un temple et que nous tombons sur quelque chose de la vie ordinaire — une ordination de moine la première fois, un mariage cette fois-ci.
Le grand chedi
On se promène dans le parc, sous l’ombrage des grands arbres. Ce que j’ai pris de loin pour un stupa est un temple. J’entre par la porte dorée et je passe ma main devant le capteur de température : 36,7 °C, je suis bon. Covid oblige, encore.

Le grand chedi, que j’avais pris de loin pour un stupa
À l’intérieur, des statues du bouddha dans toutes les positions, deux rangées séparées par un espace vide. Les bouddhas regardent vers le sol — un regard vers la terre, plein de bienveillance pour les hommes.
Un panneau, en anglais : Do not hug the Buddha. L’idée ne m’était pas venue. Maintenant si. Juste à côté, un bouddha reçoit le cadeau d’un éléphant et celui d’un singe — sans doute l’épisode de la forêt de Parileyyaka, où l’éléphant lui offre de l’eau et le singe un rayon de miel.

L’éléphant et le singe, à ses pieds
Un escalier orné d’une rampe à dragons mène au premier étage, une salle richement décorée, au milieu un autel et des statues de bouddha dorées tout autour. Un homme prie devant un grand bouddha blanc.
Je prends un nouvel escalier pour accéder à la terrasse. On surplombe toute l’enceinte, les temples et le jardin. À l’horizon, on aperçoit nettement le grand bouddha blanc de Phuket sur sa colline — celui-là même où nous étions montés quelques jours plus tôt.
Depuis la terrasse, toute l'enceinte et ses temples
Au loin, le Grand Bouddha blanc sur la colline de Nakkerd
Un dernier escalier mène à un autre temple. Au centre, une relique sous globe, entourée de quatre bouddhas dorés debout : une relique du Bouddha, venue du Sri Lanka.
Koh Phi Phi
On part un bon matin pour l’île de Koh Phi Phi à bord d’une vedette rapide, une vingtaine de personnes à bord, toutes équipées de gilets de sauvetage.

La traversée, gilets de sauvetage pour tout le monde
La traversée nous semble rapide. Nous arrivons à l’hôtel Chao Koh Phi Phi Resort, à une centaine de mètres du quai : une belle piscine, et les décorations de Noël déjà en place. L’hôtel donne sur une rue étroite au centre du village, en face des bâtiments en bois et de la plage.

La jetée d’arrivée
La ruelle donne sur la plage : un platelage bordé de quelques roches, les bateaux aux longues queues qui se reposent dans la baie de Tonsai, la mer plate aux reflets bleus sombres, les grandes falaises au loin.

La baie de Tonsai. En bord de mer, des espadons servent de lampadaires.
Le village semble construit sur la plage : de petites ruelles, des maisons de bois. La ruelle principale longe la plage et les échoppes se succèdent. Des écriteaux demandent de porter le masque, et les N95 sont en vente dans les boutiques. Peu de monde ; déambuler est un vrai plaisir, et on a le temps.

Les N95 en vente dans les échoppes
De la musique le long des ruelles. En marchant, je rencontre un Thaï nommé « Manou », affichettes en mains, qui propose des tours en mer en fin d’après-midi. Je réserve pour seize heures. La journée s’annonce superbe.

Manou et ses affichettes
Je longe encore la plage au sable blanc aveuglant et les transats vides. Je passe sur Loh Dalum Beach, aux eaux turquoises. Je fais voler mon drone. Vu d’en haut, le village tient sur une bande de sable entre deux baies.
Je décide finalement de monter vers les points de vue, sur les collines. Marcher dans la forêt reste agréable malgré la chaleur. Il y a un petit café à chacun des deux sommets. J’en ai vraiment besoin.

Depuis le viewpoint, l’isthme entre les deux baies
Je redescends vers le village par les sentiers. Près de la fontaine, un chat miaule. Personne dans les ruelles, quelques stores baissés, plus loin un vieux vélo se ternit au soleil. Je longe les clôtures de tôle envahies de graffitis colorés. Un enfant joue, insouciant ; sa mère le suit, portant les courses de la journée. Sawadi kap !
Le chat de la fontaine
Un vieux vélo qui se ternit au soleil
Un enfant joue devant les tôles couvertes de graffitis
L'homme au chariot, dans la ruelle étroite
Toujours beaucoup d’échoppes aux stores baissés. J’entends un « bip bip » derrière moi : l’homme imite une sonnette de vélo avec sa bouche pour me dépasser avec son chariot — la ruelle est très étroite. Je traverse un mini-marché avant de rejoindre la ruelle principale et l’hôtel. Je passe devant un salon de coiffure ; il faudrait que j’y vienne, ma barbe pousse. Quatre ans plus tard, elle pousse toujours.
Le tour de l’île au couchant
À seize heures, on part sur un long-tail boat pour une promenade autour de l’île. Le bateau permet d’entrer dans les petites criques, de minuscules plages coincées entre les rochers, des plages immaculées où des poissons colorés lancent des éclairs à la surface. De grandes falaises ocres, aux stalactites qui pendent au-dessus de l’eau. Loh Lana Bay et ses habitations de pêcheurs, à l’écart des plages touristiques.

Une plage minuscule, coincée entre les rochers
Des îlots de pierre surplombent la mer. On longe les murailles de pierre et les falaises rouges au soleil couchant. On laisse filer le temps : un coucher de soleil sur la mer d’Andaman.
La nuit tombe, on rentre au port à la nuit. On traîne le long du quai en admirant les poissons minuscules dans l’eau claire, la musique thaï nous accompagne. Quelle belle soirée.

Les poissons minuscules dans l’eau claire du quai
La suite au prochain épisode : Khao Lak, les îles Similan et la baie de Phang Nga.
